Traces de dinosaures


Un Genevois a découvert des empreintes datant du crétacé inférieur, soit il y a 143 millions d'années.

«Quand j'ai vu ça, j'ai eu une attaque. Rendez-vous compte, une chose pareille, ça n'arrive qu'une fois dans une carrière.» L'enthousiasme et l'émerveillement sont les mêmes qu'aux premiers instants. Jean Charollais, géologue genevois et professeur honoraire à l'Uni, ne se lasse pas de revenir sur les lieux de son étonnante découverte.

Ce sont bien des empreintes de dinosaure que ce septuagénaire franco-suisse a identifié à l'automne dernier dans une carrière près de Gex, dans la réserve naturelle du Haut-Jura. «J'ai tout de suite su car j'avais eu la chance d'en voir au Portugal.» Pour confirmer son intuition, il fait appel aux plus grands paléontologues de la région. Parmi eux, Christian Meyer, directeur du Muséum de Bâle.

Tous confirment le côté extraordinaire de la trouvaille. Il s'agit en effet du premier gisement de cet âge dans le Jura et du second sur le territoire français, le premier étant dans les Pyrénées. «C'est au crétacé inférieur, soit il y a 143 millions d'années, qu'un dinosaure a marché à cet endroit précis», explique Jean Charollais. «A l'époque, la région ressemblait aux Bahamas. C'était un ensemble de plages, de marécages et de flore tropicale. Sous l'eau se superposaient, au fil des siècles, des couches qui beaucoup plus tard formeront les Alpes. L'animal s'est aventuré ici à une période où cette dalle était en émersion et où les végétaux l'avaient recouverte. Il venait manger», détaille ce passionné, les yeux brillants derrière ses petites lunettes rondes.

Un énorme lézard
Selon les premières constatations, ces traces appartiennent à un spécimen herbivore, semblable à un lézard. «Vu l'espacement des pas et leur taille, on pense que l'animal faisait plus de 3 mètres de haut et entre 10 et 20 mètres de long.» Un énorme lézard donc.

«La boursouflure sur le côté du trou est caractéristique. De plus, s'il s'agissait d'un carnivore, on aurait trouvé la trace des griffes; or, ce n'est pas le cas», précise-t-il. Les scientifiques parlent d'un dinosaure de type Parabrontopodus, connu uniquement par ses empreintes.

Sur la dalle calcaire, qui a conservé durant tout ce temps la trace de son passage sur ces terres, on dénombre onze marques caractéristiques pour le moment, parsemées de mousse.

La plus importante mesure 80 centimètres. «Nous allons prochainement procéder au nettoyage du site, souligne le géologue. Puis, sous l'égide du conservateur de la réserve, Alain Bloc, assisté par le comité scientifique, on analysera en profondeur la dalle. Nous ferons des moulages et des photographies. Sans doute découvrirons-nous alors d'autres empreintes. Quoi qu'il en soit, ce gisement donne d'ores et déjà un attrait supplémentaire à la réserve.»

Afin d'être validée, cette découverte va être publiée dans le journal de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève. Archives des sciences.

Source Tribune de Genève 7 juin 2008


Copyright (C) 2007-2008. Tous droits réservés.